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Appel à communications : « Enseigner la sociologie dans le supérieur. En-quête des pratiques »

Appel à communications pour la Journée d'études « Enseigner la sociologie dans le supérieur. En-quête des pratiques », qui aura lieu le 10 novembre 2017 à l'ENS de Lyon
Quand ? Le 01/06/2017,
de 08:00 à 23:55
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Appel à communications

Depuis une quinzaine d’années en France et de façon plus ancienne dans d’autres pays, des dispositifs et initiatives visant la professionnalisation des enseignants du supérieur se développent. Il peut s’agir de manifestations de types journées d’études ou Assises ou de services institutionnalisés tels que des Services Universitaires de Pédagogie. Largement relayé par des publications en augmentation1, le message fédérateur est le suivant : la pédagogie universitaire est une préoccupation qui doit devenir importante car elle s’inscrit dans une perspective de changement jugé indispensable à la fois pour l’intervenant (afin de soutenir son « développement professionnel »), pour l’étudiant (qui sera mieux formé par des enseignants prenant en considération son « apprentissage »), enfin pour les structures universitaires (qui pourront pleinement participer à la production d’une offre de formation de « qualité »).

Ancrer directement, principalement et uniquement la question de l’enseignement dans le supérieur à l’échelle universitaire appelle pourtant plusieurs remarques. Sont tout d’abord passés sous silence les rapports entre le pédagogique et politique dans le cadre du processus de Bologne : ces rapports ne sont pas problématisés mais pris pour une donnée de cadrage plutôt favorable, qui inciterait ainsi les enseignants du supérieur à vouloir se former. Or sous ces réformes, ce sont les relations entre pédagogie, gouvernance et qualité qui se trament. De plus, la discipline et la recherche n’ont pas vraiment de place dans la préoccupation et les activités de formation à l’enseignement supérieur, produisant une rupture du lien entre recherche et enseignement, en renvoyant exclusivement la question de la pédagogie à celle de la performance de l’Université. Ces approches lissent les spécificités disciplinaires, présupposant que tout est affaire d’apprentissage (pris d’une façon générique), et que celui-ci peut se découpler de traditions, techniques, pratiques et habilités intellectuelles disciplinaires dont différents travaux montrent pourtant l’importance (Becquet & musselin, 2004 ; Faure, Millet & Soulié 2005). Enfin, ces approches de la formation à la pédagogie universitaire présupposent que tout enseignant doit transformer ses représentations, sa manière de penser l’enseignement et les étudiants sans lui donner les moyens de se rendre compte des effets de ces transformations sur l’enseignement des disciplines et son lien avec la recherche.

Il y a pourtant des enjeux forts, en termes politiques, à ne pas déposséder les enseignants du supérieur et les disciplines de toute légitimité et possibilité de produire un discours et des analyses à propos de leur pratique pédagogique. Ces enjeux portent sur les façons différentielles de penser l’enseignement selon les perspectives épistémologiques des disciplines et les manières de former à la recherche (cette dimension de la formation restant un objectif important de l’université), selon le type de public accueilli, selon le niveau d’enseignement (Licence, Master, Doctorat) et le type de formation (« portail pluridisciplinaire », formation disciplinaire, …). De plus, les enseignants du supérieur étant régulièrement sollicités lors des refontes des maquettes pédagogiques, il apparaît incontournable qu’ils soient outillés théoriquement et pratiquement pour positionner les composantes et les disciplines en interlocutrices averties face à des universités prises dans un mouvement d’économicisation (Garcia, 2008 ; Lebaron, 2015), entre concurrence et appauvrissement des moyens.

Face à ces enjeux, une première journée d’étude avait été organisée en juin 2016 à Lyon sous le titre « Des sciences sociales : des savoirs et pratiques à et pour enseigner ». En continuité avec celle-ci, l’objectif de cette seconde journée d’étude sera de poursuivre le questionnement des pratiques d’enseignement de la sociologie dans le supérieur. Il s’agit donc d’inviter les enseignants du supérieur à évoquer leurs propres pratiques, en tenant compte à la fois de la diversité des lieux d’exercice, des populations étudiantes, des conditions d’enseignement et, éventuellement, des liens qu’ils font entre leurs pratiques d’enseignement et leurs activités de recherche. Il s’agit de venir présenter ce que l’on fait au quotidien sans que cela soit forcément adossé à des résultats de recherche. Les communications pourront se faire à partir d’une entrée sur une thématique donnée (par exemple « Enseigner les classes sociales », « Enseigner le genre », etc.) ou à partir d’une problématique particulière (par exemple « Enseigner dans des formations à dominante non sociologique », « Enseigner à des publics socialement différenciés », « dans des niveaux universitaires variés », etc.). Dans tous les cas, une contextualisation des pratiques et une réflexivité seront attendues. La question des manières dont on peut produire cette réflexivité sur les pratiques via des techniques et méthodes mobilisées dans les pratiques scientifiques (par exemple l’ethnographie, la socio-analyse) pourra également être abordée.

L’enjeu est de contribuer à produire un espace collectif de réflexions autour de ce thème qu’un certain nombre de publications a déjà permis d’esquisser (Hugues 1996, Becker, 2002, 2004 ; Bourdieu & Passeron, 1964 ; Chapoulie, 2000 ; Leblanc F. & ali. (2011) ; Soulié, 2002 ; Soulié & Gadéa, 2000 ; Jounin, 2014 ; Siracusa, 2008).

Télécharger l'appel à communications.

Principales dates et organisation

La journée d’étude se déroulera le 10 novembre 2017, à l’ENS de Lyon

Date de soumission d’une proposition de contribution :

  • 1er juin 2016

    • Un document de 4000 signes, espaces compris, est attendu, présentant les coordonnées et statut du ou des contributeurs

    • La proposition est à envoyer à Claire Piluso et Stéphanie Tralongo

  • Retour des avis aux auteurs : le 15 juin 2017

Membres du comité scientifique et d’organisation : Martine Court ; Sylvia Faure, Séverine Kakpo ; Claire Piluso ; Stéphanie Tralongo.

Cette journée d’études s’inscrit dans un projet retenu dans le cadre de la campagne à projets 2017 du LLE (Laboratoire de l’Education, UMR 3773 de l’ENS de Lyon, http://lle.ens-lyon.fr/)

 

Bibliographie indicative

Becker H. (2002), Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences sociales, Paris : la Découverte

Becker H, (2004), Ecrire les sciences sociales. Commencer et terminer son article, sa thèse ou son livre, Paris : Economica

becquet v. & musselin c., (2004), Variations autour du travail des universitaires, [en ligne : http://cip-etatsgeneraux.apinc.org/IMG/pdf/synthese_variation_autour_du_travail_des_univ.pdf]

Bertrand C., (2014) « Soutenir la transformation pédagogique dans l’enseignement supérieur », Rapport à la demande de Madame S. BONNAFOUS, Directrice générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle

Bourdieu P., Passeron J.-C. (1964), Les Héritier. Les étudiants et la culture, Paris : Les Editions de Minuit

Chapoulie j.-M, (2000) « Enseigner le travail de terrain et l'observation : témoignage sur une expérience (1970-1985) », Genèses, /2 no 39

Faure S., Soulié C.,, Millet M., (2005), Enquête exploratoire sur le travail des enseignants chercheurs. Vers un bouleversement de la ”table des valeurs académiques” ? https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00602398

Gadea Charles & Soulié Charles, (2000) « Réflexions sur une expérience d'initiation à la recherche en sociologie à l'Université (1994-2000) », Genèses, 2000/2 no 39

Genelot S. & Lapostolle G., (2012) « Du bon usage des sciences humaines et sociales dans la formation des enseignants », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], #12 |

Garcia S. (2008)   « L'expert et le profane : qui est juge de la qualité universitaire ? », Genèses, 2008/1 n° 70

Hughes E. (1996), Le regard sociologique, Paris : EHESS

Jounin N. (2014), Voyage de classes. Des étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtent dans les beaux quartiers, Paris : La Découverte

Lebaron F. (2015) « Injonction comptable et révolution culturelle à l’Université », La nouvelle revue du travail [En ligne], 6 |

Leblanc F. & ali. (2011), « Echange sur nos pratiques « Enseigner dans un département de non-sociologues », Bulletin de l’ASES, n°38

Lison C. & Jutras F., (2014) « Innover à l’université : penser les situations d’enseignement pour soutenir l’apprentissage », Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [En ligne], 30-1

Peneff J. (2004), « Les idées originales d’Howard Becker pour enseigner la sociologie », in Blanc A. & Pessin A., L’Art du terrain. Mélanges offerts à Howard S. Becker, L’Harmattan

Rapport STRANES, (2016), http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid30540/strategie-nationale-de-l-enseignement-superieur-stranes.html

Rege-Colet N. & Berthiaume D. (2013 & 2015), La pédagogie de l’enseignement supérieur : repères théoriques et applications pratiques. Tome 1(2013) : Enseigner au supérieur ; Tome 2 : Se développer au titre d’enseignant (2015), Peter Lang, Berne : Suisse

siracusa J. (2008), Vacances sociologiques. Enseignement de la sociologie à l’Université. Presses universitaires de Vincennes

Soulié C., (2002) « L’adaptation aux « nouveaux publics » de l’enseignement supérieur : auto-analyse d’une pratique d’enseignement magistral en sociologie », Sociétés contemporaines, n° 48/4


 

1 On dénombre sur les quinze dernières années une quarante articles et une dizaine d’ouvrages.